À Tourtoirac, en Dordogne, Aurélie Fromentière et Yann Barrot conduisent un jardin-forêt où des légumes poussent sous des arbres. Leur démarche s’appuie notamment sur les légumes perpétuels, des plantes vivaces et rustiques capables de rester en place pendant plusieurs années. Le potager ne repose alors pas uniquement sur une succession annuelle de semis : il rassemble aussi des végétaux installés dans la durée.
En bref
- Aurélie Fromentière et Yann Barrot sont enseignants et pépiniéristes à Tourtoirac, en Dordogne.
- Le jardin-forêt du Chambon cultive des légumes sous des arbres et expérimente trois formes d’agroforesterie.
- Les plantations d’arbres du site ont commencé en 2017.
- Le catalogue des pépiniéristes comprend 40 variétés de légumes perpétuels.
Enseignants et pépiniéristes, les deux cultivateurs produisent et multiplient des plants de légumes perpétuels en agroforesterie. Le fonctionnement du jardin-forêt du Chambon à Tourtoirac constitue une expérimentation locale autour des associations entre arbres, haies et cultures potagères.
Des plantes vivaces pour penser le potager autrement
Un légume perpétuel se distingue d’un légume annuel par son cycle de vie. Cette plante peut demeurer au même emplacement pendant plusieurs années, à condition que ses besoins correspondent aux caractéristiques du jardin. Certaines espèces se multiplient par graines ou par tubercules sans intervention directe du jardinier. Cette faculté ne dispense toutefois pas d’observer les plants, leur développement et leur place dans l’ensemble du potager.
Le terme recouvre des végétaux aux formes et aux usages variés. Le chou perpétuel de Daubenton est ainsi une plante vivace dont les feuilles peuvent être récoltées tout au long de l’année. L’ail rocambole produit quant à lui des bulbilles aériennes et repousse d’une année sur l’autre. Ces deux exemples figurent parmi les espèces présentées dans une sélection de légumes perpétuels pour le potager.
Le qualificatif « perpétuel » ne signifie pas qu’une culture est sans suivi. La rusticité d’une espèce, sa réaction au froid et son adaptation à un terrain donné restent déterminantes. L’exposition, l’espace disponible et les conditions locales comptent donc dans le choix d’une plante comme dans la durée de son installation.
Cette approche invite surtout à distinguer les cultures qui doivent être renouvelées de celles qui peuvent rester en place. Dans un petit espace comme dans un potager plus vaste, elle conduit à prévoir des zones durables, sans pour autant abandonner les légumes annuels. Les deux types de cultures peuvent coexister selon les habitudes du jardinier et la place laissée à chaque végétal.

Au Chambon, les arbres entrent dans l’organisation des cultures
Les plantations d’arbres du jardin-forêt du Chambon ont commencé en 2017. Depuis, Aurélie Fromentière et Yann Barrot cultivent des légumes sous les arbres et expérimentent trois types d’agroforesterie. Parmi les dispositifs évoqués figurent les rangées d’arbres entre lesquelles poussent des légumes ainsi que des haies-forêts de deux mètres de largeur.
Cette organisation par strates végétales donne un cadre particulier aux plantes installées dans le jardin. Les haies-forêts permettent notamment de composer avec l’ombre et d’offrir des tuteurs naturels aux végétaux. Les pépiniéristes observent aussi le comportement des légumes lorsque la forêt voisine progresse dans un milieu non entretenu. Il s’agit d’un terrain d’expérimentation et non d’un modèle à reproduire à l’identique dans tous les jardins.
Pour un potager domestique, l’intérêt de cette démarche tient d’abord à la conception de l’espace. Réserver une place stable à quelques espèces vivaces modifie progressivement l’organisation des planches et des bordures. La gestion des végétaux installés sur plusieurs saisons s’inscrit dans la continuité des gestes décrits pour l’entretien du jardin au fil des saisons, qui distingue les besoins variables des cultures selon leur cycle.
Une collection de 40 variétés à observer dans la durée
Le catalogue du jardin-forêt du Chambon réunit 40 variétés de légumes perpétuels. Cette diversité illustre les différentes formes que peut prendre un potager vivace, entre feuillages, plantes à bulbilles et plantes à tubercules. Elle rappelle également qu’un jardin peut associer des espèces aux cycles distincts plutôt que reposer exclusivement sur des cultures annuelles.
La démarche menée à Tourtoirac ne se résume pas à la recherche d’un résultat immédiat. Elle repose sur l’observation de végétaux dans un environnement où arbres, haies et cultures potagères sont réunis. Les essais engagés permettent d’apprécier le comportement de plantes installées au fil des années, dans des conditions propres à ce jardin de Dordogne.
Pour le jardinier, l’idée la plus concrète consiste à choisir des espèces adaptées à son espace, à leur réserver un emplacement durable et à suivre leur évolution d’une saison à l’autre. Les légumes perpétuels peuvent enrichir progressivement un potager, sans effacer les autres cultures ni supprimer les besoins d’entretien. Leur place dépend du climat local, du sol, de l’exposition et du temps que chacun peut consacrer à son jardin.
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